Trois questions à Martin Boháčik, Eighty Degrees

En quelques années seulement le magazine anglophone Eighty Degrees s’est imposé comme une référence incontournable. À la qualité des articles correspond un sérieux travail iconographique qui en fait systématiquement une lecture agréable et instructive. Surtout, l’émotion dominante n’est pas le snobisme d’experts imbus de leur savoir, mais la curiosité créative du partage de découvertes et d’enthousiasmes. La clientèle comme l’équipe de Thé-ritoires suit avec intérêt cette aventure éditoriale depuis ses débuts. C’est donc avec plaisir que nous avons posé quelques questions au fondateur du magazine à l’occasion de la sortie du sixième numéro. Pour voir tous les numéros, cliquez ici. L’entretien a été mené en anglais, puis traduit.

Cultures du thé : Comment en êtes-vous venu à créer Eighty Degrees?

Martin Boháčik : L’idée de lancer un magazine sur le thé m’est venue il y a plus ou moins trois ans. Je déménageais du Royaume-Uni au Portugal et je n’avais pas envie de me contenter d’un nouvel emploi dans le même milieu professionnel. J’ai toujours été intéressé par le thé, et dans l’afflux de nouveaux magazines indépendants des dernières années aucun ne proposait ce que j’avais imaginé. La culture du thé et le monde professionnel du thé sont riches d’histoire variées, mais peu de buveurs et buveuses de thé connaissant ces histoires.

J’ai pensé qu’un magazine de thé tel que je l’envisageais serait utile, pourrait rendre plus accessibles certains aspects culturels du thé, et pourrait même amener plus de personnes vers cette boisson. En plus, il y a une dimension créative très forte, qui à l’époque m’amenait loin de ma zone de confort : ne dit-on pas que c’est là que la magie opère ?!

Pouvez-vous me parler de la culture du thé dans les pays où vous avez vécu ?

Je viens de Slovaquie, où j’ai connu pendant mon enfance une culture de tisanes, qu’on buvait lorsqu’on était malade ou pendant l’hiver. Il faut bien reconnaitre que si les gens là-bas utilisent beaucoup d’herbes et de fleurs pour faire leurs tisanes, qui sont délicieuses, cela n’a pas grand-chose à voir avec le thé. Le thé, c’était des sachets vendus en supermarché.

Cela étant dit, depuis les débuts du magazine j’ai bien approfondi ma connaissance des cultures du thé et j’ai découvert qu’en Slovaquie et dans d’autres pays d’Europe centrale il existe depuis plusieurs décennies une communauté d’amateurs de puerh certes petite, mais très solide. J’ai encore beaucoup à apprendre sur eux, mais il semble bien qu’il y existe là-bas un certain nombre de connaisseurs qui ont accès à des puerhs précieux et anciens.

Au Royaume-Uni, où j’ai vécu pendant treize années, la culture du thé a une sacrée réputation, que l’on discute de plus en plus. Là-bas tout le monde boit du thé, mais la qualité est généralement très mauvaise, hélas. On peut aussi voir les choses du bon côté : on peut y trouver de plus en plus de bons thés de spécialité, et les gens sont de plus en plus intéressés par ces thés.

Au Portugal, où j’habite à présent, le thé constitue encore une nouveauté. Malgré le rôle crucial du Portugal dans l’histoire du thé – ce sont les navigateurs portugais qui, les premiers, amenèrent le thé en Europe – c’est incontestablement un pays où le café domine. Mais il y a actuellement des projets visant à produire ici-même des thés merveilleux ; j’ai vraiment foi dans le développement d’une culture du thé portugaise.

Qu’est-ce que vous avez hâte de pouvoir faire une fois les restrictions sanitaires terminées ?

Il est évident que le fait de pouvoir voyager aide beaucoup lors de l’élaboration d’un magazine. Pouvoir s’imprégner d’un sujet à travers des recherches sur place plutôt que d’être en lien avec les gens uniquement à distance, c’est toujours précieux. Et c’est merveilleux de visiter des jardins de thé, de rencontrer des artisans, de découvrir des nouvelles boutiques de thé – ça donne de l’inspiration.

J’ai aussi hâte de pouvoir rencontrer des gens à nouveau, même juste à côté de chez moi, et de pouvoir boire du thé avec eux. Certes, j’aime aussi boire du thé seul, mais il y a quelque chose de particulier dans le partage d’un thé remarquable avec une personne qui l’apprécie autant que vous.

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Culture du thé, le bulletin de la maison Thé-ritoires

Nous vous proposons sur ces pages une exploration des diverses facettes du monde du thé, notamment l’agriculture, l’artisanat, l’histoire et les arts à travers des textes courts. Pour voir tous les articles, cliquez ici.